la domination sexuelle des femmes: encore aujourd’hui

J’ai écrit cet article pour l’association Osez le Féminisme ou nous menons une réflexion sur la sexualité aujourd’hui dans le but d’aider les femmes à sortir de la domination sexuelle masculine. Depuis les années 70 , cette domination à cédé un peu de terrain sur le plan social mais peu sur le plan sexuel ou la femme reste souvent esclave des pratiques sexuelles masculines notamment dans la dévalorisation de ce qu’on appelle « les préliminaires ».

Et malheureusement quand elle réussit à s’émanciper c’est souvent pour copier la sexualité masculine en adoptant une sexualité phallique. Là encore elle n’affirme rien de la spécificité du désir et du plaisir féminin.

L’enjeu de cette libération sexuelle qui n’a pas encore eu suffisamment lieu est énorme car si la femme affirme la spécificité de sa sexualité , elle cesse d’être l’objet de la jouissance masculine pour devenir sujet de sa sexualité. Elle cesse d’être objet à tous points de vue: sexuel, affectif, social, professionnel car elle ne veut plus « faire comme » lui impose l’homme mais juste différemment.

séance d'art-thérapie et de psychanalyse Versailles 78 Cécile Orsoni
Séance d’art-thérapie: autoportrait de femme

Dévalorisation des préliminaires et survalorisation du coït

Les préliminaires désignent couramment les pratiques sexuelles qui précèdent l’acte sexuel proprement dit : la pénétration. Comme si la sexualité se réduisait à la pénétration . Quelles pratiques exactement ?

Il s’agit de baisers, de caresses sur tout le corps,  y compris sur le sexe, de cunnilingus, de fellation, du contact peau contre peau, du fait de se serrer l’un contre l’autre. Ce sont des gestes ou la tendresse rentre souvent en ligne de compte avec les sons, les odeurs, les mots échangés. Dans les préliminaires c’est toute notre sensualité qui est en jeu.

Le mot de « préliminaires » indique ce qui arrive avant, ce qui prépare à l’acte sexuel mais ne fait pas vraiment partie de l’acte sexuel. Ces pratiques sont donc considérées comme moins importantes que la pénétration qui serait la finalité même de l’acte sexuel, son apogée. Elles sont considérées comme un préalable dont on peut se passer.

Le coït  serait plus important que les préliminaires parce qu’il serait censé procurer le maximum de jouissance à l’homme comme à la femme.

D’où vient cette idée que c’est dans le coït que l’homme et la femme jouissent le plus ?

Sans doute de l’idée très ancienne que le plaisir sexuel a pour but la reproduction. Car c’est par la pénétration du pénis dans le vagin que peut avoir lieu la fécondation c’est-à-dire la fusion de l’ovule et du spermatozoïde et donc la conception d’un enfant . Ainsi pour Freud et pour bon nombre de religions aujourd’hui la finalité du plaisir sexuel c’est la reproduction. Comme si la nature avait créé le plaisir sexuel dans le seul but de la reproduction. Le plaisir sexuel n’est admis que dans le cadre de la reproduction.

Les préliminaires sont donc dévalorisés dans notre société car ils sont censés apporter moins de plaisir aux deux sexes que le coït. Pour cette raison, les préliminaires sont souvent très rapides entre hommes et femmes parce qu’il faudrait vite passer « aux choses sérieuses ».

Le peu de temps accordé aux préliminaires satisfait t-il les deux sexes ? La réponse est non. Les femmes se plaignent très souvent du peu d’attention tendre et érotique de leurs partenaires masculins, celui-ci voulant très vite passer à la pénétration et semblant s’ennuyer dans les caresses et les baisers. Les femmes se plaignent de ne pas être assez excitées pour la pénétration et prennent alors peu de plaisir dans le coït . Pourquoi ?

Parce que le plaisir sexuel féminin est très différent du plaisir sexuel masculin.

Les femmes pour jouir ont besoin de douceur, de caresses sur tout le corps, de contact peau à peau, de gestes doux et lents car elles jouissent surtout par le toucher.  Pour elles la pénétration par le pénis est un plaisir de toucher parmi d’autres, une pénétration parmis d’autres. Pour jouir une femme n’a pas forcément besoin de coït, contrairement à l’homme qui a besoin de la pénétration pour jouir c’est-à-dire pour éjaculer. Si l’homme peut apprécier les préliminaires il devient vite obsédé par l’idée du coït qui permettra  ce mouvement de bas en haut sous la pression du vagin et ensuite de l’éjaculation.

Ainsi lorsqu’on dit que le maximum de plaisir est atteint par la pénétration pour l’homme comme pour la femme on parle essentiellement du plaisir masculin et on fait comme si le plaisir féminin été identique ! On impose aux femmes un mode de jouissance masculine qui permet aux hommes de maintenir leur domination sexuelle en niant la spécificité du plaisir féminin.

Il est donc faux de dire que les préliminaires sont moins valables pour le plaisir que le coït. Cette assertion ne concerne que les hommes qui veulent faire croire aux femmes que le coït est aussi pour elle la meilleure façon d’avoir un orgasme. Ils peuvent ainsi continuer à jouir tel qu’ils le souhaitent, en toute bonne conscience, mais pas les femmes.

Pour une femme croire que seul compte la pénétration, c’est renoncer à son plaisir spécifiquement féminin en essayant de jouir comme un homme. Mais ça ne marche pas !

La femme-objet

Sauf dans le cas d’une sexualité perverse ou la domination masculine a été intériorisée sous la forme du masochisme : il s’agira alors pour la femme de jouir en tant qu’objet passif soumis à toutes sortes de pénétrations avec violences. C’est la sexualité des films pornographiques ou il s’agit d’une sexualité sans préliminaires c’est à dire d’une sexualité sur le modèle d’une jouissance uniquement phallique.

Essayer de jouir comme un homme mène souvent la femme à la frigidité. Ainsi beaucoup de femmes disent avoir peu désir et peu de plaisir. La frigidité des femmes vient du fait qu’elles ne connaissent pas les spécificités de leur sensualité par ce qu’elles se laissent imposer des fantasmes, des gestes, des pratiques propres à la libido masculine.

Les hommes ignorent aussi ce qui fait plaisir aux femmes, croyant comme elles que c’est forcément par le coït qu’elles atteindront l’orgasme. Cette survalorisation du coït permet aux hommes de continuer à pratiquer leur sexualité sans tenir compte du plaisir féminin autre , tout en assurant en même temps le culte du phallus et le culte du sperme dans la reproduction. Car c’est le phallus qui a le primat de l’activité dans le coït, la femme étant priée de se laisser « prendre ». En effet le vagin est essentiellement vu dans le coït comme une gaine passive dans laquelle s’affaire le pénis . Par la survalorisation du coît  l’homme se rassure donc sur sa virilité, la pénétration par le pénis étant croit-il le seul moyen pour la femme d’obtenir la jouissance. La virilité est ici la capacité à donner du plaisir en même temps que la capacité de procréer. Le sexe de la femme est vu comme un réceptacle passif au sexe de l’homme seul  réellement actif dans le fait de « donner du plaisir » et de « faire des enfants ».

Si le coït est survalorisé, les « préliminaires » sont donc dévalorisés. Si la jouissance masculine est valorisée, la jouissance féminine est dévalorisée depuis des siècles ; d’où le terme de « préliminaires » désignant ce qui dans la pratique sexuelle est anecdotique et négligeable. Mais anecdotique pour qui ? Certainement pas pour les femmes. Car les baisers, le peau à peau, les caresses y compris sexuelles, sont au contraire les pratiques les plus importantes du plaisir féminin qui souvent ne dissocie pas tendresse et sexualité. Tous ces gestes tendres et érotiques font au contraire partie intégrante de la sexualité humaine , la pénétration n’étant qu’un geste parmis d’autres.

la pornographie

Mais les hommes ont souvent tendance à dissocier tendresse et sexualité pour affirmer un pouvoir viril, y compris entre hommes. Il s’agit de « posséder » le corps de l’autre par la pénétration sexuelle et visuelle. Ainsi les films pornographiques montrent-ils toujours des pénétrations en gros plan. Ils sont faits pour la jouissance masculine et non pour la jouissance féminine. Dans les scénarios des films pornographiques, il n’y a pas de préliminaires ou très peu. On passe très vite à la pénétration. Les femmes sont alors censées jouir tout de suite des qu’elle sont introduites par l’organe masculin entrant par tous les trous. Elles passent de mains en mains comme des objets. Ce statut d’objet passif, objet d’échange entre hommes est quelque chose qu’on retrouve aujourd’hui sur les sites pornographiques en accès libre sur Internet. Ces films sont visionnés par de nombreux adolescents et adolescentes qui prennent cela comme le modèle de la sexualité adulte. Que voit- on ? Des femmes manipulées, tournées, pénétrées dans tous les sens par des hommes et avec brutalité.

Il est étonnant de voir les rubriques de ces sites pornographiques. Par exemple : « petite salope se fait baiser par trois mecs ». Ces titres sont toujours sur le mode passif, autrement dit c’est toujours la femme qui est l’objet de jouissance de l’homme. Le sujet est toujours masculin  et l’objet est toujours féminin.

Lorsqu’on va dans la rubrique partie trois, ou à plusieurs, effectivement on a toujours deux hommes qui manipulent une femme ; jamais l’inverse. La femme « se fait baiser par l’homme » ou par « les hommes » et jamais l’inverse. D’autre part les scènes sexuelles se font toujours avec violence. On assiste donc au rapport sexuel sur le modèle du viol.

Les sites pornographiques correspondent en fait aux fantasmes masculins de domination sexuelle très valorisants pour le pénis. Mais en réalité les femmes jouissent plus par un toucher sur tout le corps que par un plaisir d’organe précis. Et lorsqu’elles ont du plaisir, elles ferment les yeux ;  pas besoin de films ni d’images.

Sans doute s’agit- il aussi d’un phénomène culturel, l’homme se devant toujours de dominer et de ne pas se laisser attendrir. La femme devant se laisser soumettre et émouvoir. Et  sans doute les hommes gagneraient-ils à redécouvrir cette partie de leur sensualité complètement refoulée ; celle des caresses, des baisers, de la tendresse, de la lenteur. Mais lorsqu’il se laissent aller à cette sensualité ils ont l’impression d’être une femme , quelle angoisse !

la femme doit devenir sujet sexuel

Les femmes ne doivent donc plus accepter ce terme de « préliminaires » qui nie la spécificité de leur jouissance pour mieux les asservir. Elles doivent inventer un autre mot pour ces pratiques.. Car la lenteur, la douceur, les baisers, les caresses sur tout le corps sont au contraire pour leur jouissance ce qu’il y a de plus important. Elles doivent revendiquer leur droit au plaisir et imposer aux hommes ce temps sensuel et érotique nécessaire à leur jouissance, c’est-à-dire devenir un sujet sexuel .Elles doivent refuser de croire à leur frigidité qui permet aux hommes de les traiter si facilement en objet puisque de toute façon «  elles ne ressentent rien » .

Dans Ce Sexe qui n’ en Est pas Un, la psychanalyste , philosophe et linguiste Luce Irigaray a été une des premières à dénoncer la violence sexuelle banale des hommes envers les femmes. Cette violence étant inscrite dans la sexualité  « de tous les jours » ou la femme abdique son droit au plaisir en renonçant à la spécificité de sa jouissance .

C’est dans la scène pornographique que se montre au grand jour la femme comme objet sexuel : « Femmes, ne faite plus un effort. On vous a appris que vous étiez propriété privée ou publique : d’un homme ou de tous. D’une famille, d’une tribu, d’un état, éventuellement républicain. Que tel était votre plaisir. Et que sans soumission aux désirs- d’un homme ou de tous- vous ne connaissiez pas de jouissance. Que celle-ci était pour vous , toujours liée à la douleur- mais que telle était votre nature. Lui désobéir revenant à faire votre malheur.

Mais votre nature était curieusement toujours définie par les seuls hommes, vos éternels pédagogues : en sciences sociales, religieuses ou sexuelles. » Ce sexe qui ’en est pas un, éditions de Minuit, 1977, p201.

Séances d’art thérapie et psychanalyse par téléphone

Cette période de confinement  nous met tous à l’épreuve. Plus que jamais nous devons faire preuve de créativité pour lutter contre la dépression. L’art thérapie a ici toute sa place ainsi que la psychanalyse. Créer et parler c’est être en relation symbolique avec l’autre. À défaut de pouvoir faire autrement, je continue les séances d’art thérapie et de psychanalyse par téléphone . Ces séances me soutiennent et soutiennent les personnes : la relation continue.

séance de psychanalyse et d'art thérapie par téléphone
Création d’art-thérapie pendant le confinement envoyée de Corrèze, avril 2020

L’oubli du corps et de la sensibilité

Plus que jamais nous réalisons notre besoin d’être en contact physique avec l’autre, en relation charnelle et non pas virtuelle parce qu’une relation humaine est une relation corps et âme et que l’un et l’autre ne peuvent se dissocier sous peine de déshumanisation. Le Corona virus nous fera peut-être réaliser qu’ aucune technologie, aucun robot, aucun e-mail ne saurait remplacer la rencontre entre deux êtres humains, en chair et en os. Lorsque le confinement prendra fin nous devrons tirer les conséquences de cette prise de conscience et lutter contre la déshumanisation croissante de la société et des relations humaines.

L’ordinateur nous fait oublier que nous sommes un corps en relation constante avec l’autre et la nature. Nous ne sommes pas des êtres tout-puissants capables de vivre sans les autres et sans cette nature que nous sommes en train de détruire. Respecter son corps, sa temporalité incarnée , respecter la nature et les animaux , c’est se respecter en tant qu’être humain doué de sensibilité. C’est accepter aussi que nous puissions être malades et confrontés à la mort, ce que la course internationale au profit veut nous faire oublier . Non l’hôpital, les maisons de retraite ne doivent pas  être des lieux de profit mais des lieux de soins ou le respect de l’humain doit primer. Arrêtons cette course pour retrouver notre sensibilité, être en harmonie avec notre corps, les autres, la nature. Acceptons notre affectivité c’est-à-dire notre ouverture au monde.

Psychanalyse et voix

Le langage du corps et du visage manquent mais la voix permet quand même une psychanalyse attentive qui passe par les mots, les intonations, les silences. Les émotions sont perceptibles à travers la corporéité de la voix que ce soit la mienne ou la vôtre. A mon sens la voix crée une relation plus profonde que la visioconférence qui est sans cesse parasitée par les problèmes technologiques comme le décalage du son et de l’image.

Art thérapie et photographie

Vous pouvez dessiner, peindre, modeler chez vous et pour ceux qui ont accès à la nature, faire du land art c’est-à-dire créer  avec des matériaux naturels. Vous pouvez mettre en scène vos créations et envoyer des photos juste avant la séance pour que nous puissions en parler.

La photographie devient alors un moyen d’expression créatif supplémentaire puisque vous vous exprimez aussi dans la prise de vue, le cadrage, la lumière, la mise en situation de vos oeuvres. Le choix des photos envoyées a aussi un sens. Lorsque nous sommes au téléphone, vous pouvez parfois dessiner et m’envoyer la photo en cours de séance.

Une relation thérapeutique à distance ?

Même si vous créez seuls chez vous la relation thérapeutique ne s’interrompt pas dans le sens où je suis présente symboliquement dans ce moment de création. En effet vous savez que vous aurez à m’envoyer des photos. Bien que je ne sois pas physiquement présente à ce moment-là, je suis présente à votre esprit .L’acte de création peut donc continuer à s’inscrire dans le cadre de la relation thérapeutique.

Il convient quand même d’être prudent dans ce dispositif étant donné que je ne peux pas vous accompagner au moment de la création. Les créations ne sont donc pas obligatoires entre chaque séance: il faut que vous « le sentiez »

Les séances par téléphone durent une heure ou deux une fois par semaine , nous expérimentons pour voir la durée qui nous convient.

Voici quelques photos de créations qui m’ont été envoyées récemment. Elles ont été le support de de séances  d’art thérapie et de psychanalyse qui sont toujours en cours.

séance de psychanalyse par téléphone pendant le confinement
Création d’art-thérapie pendant le confinement envoyée de Corrèze, avril 2020
séances de psychanalyse et d'art thérapie par téléphone pendant le confinement
Création d’art-thérapie envoyée de Corrèze, avril 2020
séances de psychanalyse par téléphone pendant le confinement
Création d’art-thérapie pendant le confinement envoyée du Limousin, avril 2020
Séance d'art thérapie et de psychanalyse à distance pendant le confinement
Art-thérapie, Limousin, avril 2020

Il y a aussi la rose

En cette période mortifère , il y a aussi le printemps ! Pour nous remonter le moral je vous propose une méditation sur la rose avec un très beau texte de Luce Irigaray.

« Il y a aussi, et encore, la rose. Puisqu’il faut bien tenter de demeurer un peu sur terre, sous le soleil, de s’épanouir et vibrer dans l’air, durer en obéissant au rythme des saisons. Efflorescence qui, mystérieusement, rappelle quelque chose du sang et de l’ange. Recommençant sans cesse, sans pourquoi, parce qu’il faut fleurir, ainsi le commande son cycle, et sans souci d’elle-même, ni désir d’être vue .Pur apparaître…

Il y a la rose, avant et après l’efflorescence. S’ouvrant toujours pour une première et dernière fois. Et, pourtant, le recueillement de ses pétales sait, par sa disposition toutes les roses antérieures et celles futures, mais sans double, ni mime. Quand elle s’entr’ouvre, elle connaît déjà l’ effeuillement, le repli, le recueillement. Non de sa fermeture, mais de son recouvrement. Ses pétales, sauf celles qui entourent ou enveloppent le coeur, celles de l’extrême bouche, reposent envers contre endroit (ou le contraire selon l’abord), dedans contre dehors, intérieur protégeant l’extérieur. Rassemblant ce qui a déjà eu lieu, les lèvres déjà ouvertes, offertes qui, en elle, se garderaient de la dispersion- celle du fils éloignant ses multiples jouets où, à chaque fois, sa mère, sa femme- mère, entières ou en lambeaux. Mémoire qui ne va pas sans deuil s’abriter aussi d’un dehors qui déborde le dedans pour lui faire toit, maison, revêtement, apparences. Ce qui peut tromper, induire en erreur et en errance sur ce qui va à l’extrême bouche, ou au coeur, ou à la source. La rose en soi – si cela peut encore se dire – serait imperceptiblement voilée, artificielle pour qui ainsi le veut ou la pense, de reposer dans ou autour d’un recueillement invisible : son plus secret calice ne se montre jamais, il se tient sous tous pétales déjà rassemblés. Quand ils offriront, dans une splendeur impudique, leur complète ouverture, le lieu où elle se retouchait elle-même, lèvres à lèvres, aura disparu. Vous ne le verrez jamais. Vous ne le verrez jamais dans ce qu’elle est ou a de plus intime. Peut-être est-il, est-elle parfois perceptible à ceux qui demeurent près d’elle, respirant l’espace qui l’entoure, qu’elle crée de cette caresse ou elle subsiste sans refus ? Dans un don qui se dispense à travers l’air sans jamais y apparaître comme tel et sans que quiconque puisse la prendre en main. Sauf à la perdre.

séances d'art thérapie 78, Versailles
Cécile Orsoni, encre sur papier, sans titre

Le coeur de la rose s’ouvre sans projet qui commande cette ouverture. Au coeur de la fleur, il n’y a rien – que le coeur. Il s’ouvre sans raison. Aucune téléologie ne commande l’éclosion des pétales. Elle ne sert à rien. Sinon au regard ? Quel regard ? Elle nous regarde d’où elle ne se représente pas. Regard encore vierge de toute présence fabriquée et reproductible. En un certain sens, elle est invisible et, pourtant, tellement plus visible que tout ce qui se représente. Elle n’est ni objet ni chose. Elle ne peut se parler en mots, même si un vocable la désigne dans la langue. Elle n’a pas de double. Elle se donne toujours pour la première et unique fois. Attire le regard dans sa contemplation. L’arrête – sans pourquoi. Il s’ouvre – sans raison. Baignée dans son efflorescence.

Mouvement sans forces. Traits déterminés sans la rigidité de l’application d’une énergie. Pétales à sans contours fermes. Finitude in – fini. Illimitée. Splendeur de l’imperfection. »

Luce Irigaray, La Croyance Même

Encres de Cécile Orsoni

Etre là: stage d’art-thérapie en Corse du 19 au 23 aôut 2020

Stage d’art thérapie en petit groupe dans la Castagniccia du 19 au 23 aout 2020: land art, dessin, écriture.  

Ce stage de 5 jours s’adresse à toute personne en recherche d’un mieux être et d’une meilleure connaissance de soi. A l’heure des ordinateurs nous perdons notre présence au monde et aux autres pour être toujours dans un ailleurs: un temps et un espace virtuel sans corps, sans émotions.

Il s’agira ici de créer via le land art qui met tout le corps en mouvement sur un site ou la nature nous fait signe de manière puissante. Une partie  du travail se fera à l’extérieur et l’autre en atelier.

Stage d'art thérapie en Corse aout 2020: land art et dessin

Photo prise sur le lieu du stage à Croce dans la Castagniccia

L’art – thérapie est une psychothérapie par la création artistique. Mais il n’est pas nécessaire d’avoir des compétences artistiques. En effet le but recherché n’est pas l’acquisition de techniques mais l’expression de soi-même, le changement vers un mieux-être.

L’art thérapie permet de se trouver et de se reconstruire dans un temps de création, d’être aussi dans une dimension de plaisir et de lâcher prise ; un temps de jeu. Par la création nous transformons notre vécu parfois douloureux pour en faire quelque chose de positif ce qui conduit à l’expérience d’une revalorisation de soi. Le contact sensuel avec les matériaux naturels permet de se reconnecter au corps, aux émotions et aux images. L’acte de création dans la nature ( land-art) remet le corps et l’ esprit en mouvement .

Objectif 

Ce stage propose un travail d’introspection en petit groupe. Les participants seront invités à s’exprimer de manière individuelle à travers le land -art en extérieur, le dessin et l’ écriture  . Les émotions et les œuvres seront analysées en groupe.

Méthodologie

Il y aura une alternance de phases de création individuelle via le land art , le dessin, l’ écriture et d’analyse en groupe. Il s’agira de mieux se comprendre soi même en utilisant sa sensibilité et à sa créativité, chacun pouvant s’appuyer sur l’autre par l’analyse en commun des émotions ressenties et des créations .

L’approche psychanalytique des créations  permettra à chacun de remonter dans son passé pour mieux comprendre son présent ; chacun sera invité à associer à partir des créations, à exprimer et analyser ses émotions, à les interpréter. Dans une logique de recherche en commun, nous verrons comment le vécu de chacun raisonne avec celui de l’autre ; chacun permettant à l’autre de mieux se comprendre. En faisant part de ses associations par rapport à la création de l’autre chacun exprime son transfert et peut prendre conscience de ses propres projections

Déroulement

Chaque journée nous nous retrouvons à 10h , pause déjeuner ensemble de 13h à 14h30, reprise jusqu’à 17h. Prévoir un picnic à partager pour le déjeuner.

Jour 1 : Matin : ronde de présentation, qu’est ce que j’attends de ce stage ?  Jeu pour faire connaissance .Land art : création en pleine nature sauvage avec les materiaux naturels : pierre, branche, feuille, lumière, terre, eau etc…Prise de photo des œuvres.

Pm : analyse en commun des œuvres de land art. Travail d’écriture automatique et création d’un texte  sur un carnet de voyage individuel. On donne un titre à la journée.

Jour 2 : Matin :on se retrouve autour des photos et des croquis et chacun parle de son ressenti par rapport à la veille, de rêves éventuels et du regard qu’il porte aujourd’hui sur sa création.. Land art et prise de photo

 Pm : analyse en commun des oeuvres. Travail d’écriture automatique et création d’un texte  sur un carnet de voyage individuel. On donne un titre à la journée.

Jour 3 : idem.

Jour 4 : idem.

Jour 5 : Matin : création collective de land art symbolisant le chemin parcouru pendant ces 4 jours.

Pm : analyse en commun de la création fin pm : Pot de clôture du stage apéro dinatoire

photos du stage 2018

stage d' art thérapie aout 2020 land art et dessin en Corse
Site de la chapelle Saint Christophe

Renseignements pratiques

Inscriptions avant le 20 mars 2020  (à cause des gites qui sont très prisés ) auprès de Cécile Orsoni : 06 78 73 94 48.

Nombre de participants limité: 8 personnes maximum.

Dates : du 19 au 23 aout 17h. Rdv la veille le 18.

Lieu : village de Croce dans la Castagniccia. Ce village est un village ancien et typique de la Castagniccia, la région la plus verte de Corse à cause de ses chataîgners sous lesquels on peut faire la sieste à l’ombre. De magnifiques randonnées et promenades partent du village .La plage est à 30 mn de route du village ainsi que la magnifique cascade de Carchetto. La richesse et la beauté du paysage à proximité nous permettra de varier les lieux de land art.

Coût du stage 5 jours : 340 euros, matériel compris. les repas, logements et transports ne sont pas compris.

Logement : gites communaux de Croce, attention faire très vite pour réserver ! Je mettrais en contact les personnes intéressées pour louer ensemble

Je crois qu’il reste ces gites à louer : https://www.gites-corsica.com/location-de-vacances-en-Corse-a-Croce-Gite-20G61301.html

Sinon regarder sur Airbnb . Villages les plus proches: la Porta, Campana, Piédicroce

Transports : aéroport de Bastia, puis louer une voiture à l’ aéroport. De l’ aéroport passer par Folelli pour monter à la Porta puis à Croce.

Art-thérapie : pourquoi interpréter son oeuvre ?

En quoi cela  vous aide d’interpréter votre création lors d’une séance d’art thérapie ?

Je vous donnerais un exemple en vous proposant d’analyser la peinture ci dessous qui a été réalisée lors d’une séance individuelle d’art thérapie par F dont je vous ai communiqué le très beau texte.

séance d'art thérapie  pour adulte, Versailles, Paris

 Il ne s’agissait pas ici de la première séance, d’autres dessins avait été fait avant et d autres seront faits après. Cela signifie que cette peinture prend sens avec la psychothérapie psychanalytique et les peintures qui l’ont précédées ainsi que celles qui l’ont suivies : l’interprétation que je vais en donner se fait donc en fonction de tout le travail qui entoure cette peinture. Elle ne peut être isolée de ce contexte.

Cette peinture symbolise un moment particulier de la thérapie où j’avais proposé à F de faire des autoportraits d’elle à plusieurs âges : enfant, adolescente, femme d’âge mûr. ici elle se représente telle qu’elle est maintenant: une femme d’âge mur.

Interpréter par la technique de l’ association libre

En fin de séance arrive le moment d’interpréter la peinture réalisée, pour cela j’utilise la technique psychanalytique de l’ association libre : dire sans retenue ni jugement tout ce que lui inspire sa peinture même si cela parait absurde. Or avec F nous constatons que la tête semble d’une autre nature que le corps : le visage est blanc alors que le corps semble rempli de jaune, qui est aussi la couleur du fond. L’intérieur des yeux est également jaune comme si le fond jaune avait envahi l’âme et le corps car on sait bien que les yeux sont «  le miroir de l’âme ». Autre élément d’étrangeté de cette tête : elle semble comme un masque posé sur le cou. En effet les yeux sont vides comme ceux d’un masque et l’expression est figée.

En regardant d’autres peintures nous pouvons toujours faire la même remarque : les têtes semblent toujours séparées du corps, étrangères à lui.

Séance d'art-thérapie Versailles 78 Paris

Vrai self et faux self

Je demande  à  F si d’une manière générale elle à l’impression que sa tête est coupée de son corps, que son corps lui est étranger. Elle me répond que oui, qu’elle a souvent l’impression que son visage est un masque qui joue un rôle sans exprimer son vrai soi ; son « vrai self ». Je reprends ici un concept de Winnicott. En effet celui- ci a montré qu’une personne ayant subi de graves traumatismes peut développer un « faux self » c’est-à-dire une personnalité artificielle qu’elle se construit pour s’adapter aux autres du mieux qu’elle peut. Ce faux self est une défense protéger le vrai soi qui n’a pas pu s’exprimer et se développer et qui se cache. Les personnes  qui utilisent cette défense se sentent un autre qui joue la comédie sans rien ressentir.

F  ressent donc son corps comme appartenant au monde extérieur mais pas à elle : c’est comme cela qu’elle interprète la ligne blanche très fragile qui sépare le corps du fond jaune ; elle ne ressent pas nettement les frontières entre l’intérieur de son corps et l’ extérieur de son corps.

Une prise de conscience objectivée par l’image

Grâce à l’interprétation qu’elle fait de sa peinture , guidée par les questions que je lui pose, F a pu prendre conscience de l’ image qu’elle a d’elle-même et de son corps. En effet la peinture a matérialisé en image l’impression permanente qu’elle a d’être coupée de son corps, des émotions de son « vrai self ». il n’est pas sûr que F  soit arrivée à exprimer cette distance de soi à soi directement par la parole . En effet l’inconscient s’exprime plus spontanément en image exactement comme dans le rêve. C’est un point fort de l’ art-thérapie : nous avons tout de suite devant les yeux une image matérielle pleine de sens.

Le travail thérapeutique consiste ensuite pour F à interpréter verbalement ce que symbolise pour elle sa peinture, à comprendre ce qu’elle exprime ici de son état présent mais aussi de son histoire passée : a-t-elle toujours eu cette impression d’être coupée de son corps ? Y  a-t-il une cause très ancienne à la mise en place de ce mécanisme de défense ? Cette prise de conscience permet aussi à F d’entrevoir ce qu’elle souhaite dans le futur par exemple se réapproprier son corps, ses émotions, se sentir elle-même c’est à dire renouer avec son vrai self.

On peut aller beaucoup plus loin dans l’interprétation de ces peintures mais mon propos est juste ici de donner une piste de compréhension..

Témoignage d’une patiente en art-thérapie:  » j’avais l’impression de me redonner vie.. »

Je demande parfois aux personnes qui le souhaitent d’écrire un texte en fin de thérapie. Voici le témoignage d’une femme que j’ai suivi en art-thérapie et psychanalyse. Par la suite ses peintures ont fait l’objet d’une exposition d’art-thérapie, j’en commenterais quelques unes dans les prochaines newsletter. Je la remercie vivement pour ce très beau texte et pour m’avoir donné l’autorisation de le publier.

« Peu avant ma première séance d’Art-thérapie, j’ai fait ce cauchemar extrêmement parlant par rapport à mon histoire.

J’avais peur, parce qu’il parle de mon traumatisme profond. Le non-dit, la culpabilité, la honte… Je savais bien qu’il faudrait dire la vérité, vous en parler, mais j’attendais de ne plus avoir le choix. Cet aveu est tellement douloureux…

C’est arrivé assez vite, au cours de la deuxième séance, il me semble. Quand vous m’avez demandé de dessiner « ce qui est arrivé à cette femme ». Parce qu’il s’agissait bien d’une femme… mais qui a perdu sa féminité.

Cela m’a beaucoup soulagée de vous dire ce qui m’était arrivé, enfant. Et votre réaction dans l’accueil, m’a détendue.

J’avais du mal à dessiner ce que je voulais. C’était finalement assez frustrant de ne pas « savoir » dessiner, de ne pas pouvoir retranscrire ce que j’avais comme image dans la tête. Mais après les séances, vous m’avez encouragée en me disant que mes dessins étaient beaux et cela m’a fait beaucoup de bien. Beaux, même si je ne sais pas dessiner, parce qu’ils sont vrais. Et beaux, même si ce que je dessine est affreux. Affreux ce que j’essaie de cacher depuis toujours, tout en espérant pouvoir le dire et m’en débarrasser…

Grâce à vos encouragements, j’ai continué au fil des séances avec un peu moins de jugement intérieur.

Le moment où j’ai dessiné le petit bonhomme blanc, que j’ai ressenti comme mon innocence, ma pureté, ma force aussi, a été très important et libérateur. J’ai d’ailleurs affiché dans ma chambre depuis, le dessin sur le craft du grand bonhomme blanc avec son pistolet, qui est plus fort que le noir, plus fort que l’agresseur, plus fort que la destruction, que la dépression. Je le vois tous les jours, et il me donne de la force.

Séances individuelles d'art-thérapie Versailles , psychothérapie par la peinture et la psychanalyse
Séance individuelle d’art-thérapie avec F , atelier Cécile Orsoni , 2015

Quand j’ai peint avec mes doigts pour remplir mon corps, cela m’a vraiment touchée émotionnellement. J’avais l’impression de me redonner vie, d’avoir la possibilité d’habiter enfin mon corps, de reprendre contact avec moi-même. Je ne sais pas si c’est encore le cas, parce que le chemin est long, mais un contact a eu lieu je pense. Pour moi, habiter son corps va avec la joie de vivre et sûrement un sentiment d’unification. Je m’en sens encore éloignée, mais des pas ont été faits.

art-thérapie Versailles, 78 Yvelines, psychothérapie par la peinture
Séance individuelle d’art-thérapie avec F , atelier Cécile Orsoni , 2015

Je sens qu’un parcours a été effectué lors de ces séances. Comme une boucle. J’ai entendu des messages : tu peux retrouver ta beauté, retrouver ton innocence, ce que tu es vraiment… Tout ça n’a pas été complètement détruit.

Le plus important pour moi, et le plus difficile, c’est de pouvoir montrer l’in-montrable, dire l’impensable, l’inacceptable. Et ce travail m’a permis de le faire d’une certaine façon. Pouvoir mettre en dehors de moi, sur des feuilles blanches, ce qui me ronge, ce tabou, cet impossible à dire, est libérateur. Ca veut dire : c’est possible que ce soit vu par d’autres.

Evidemment, l’exposition a doublé cet effet. Tout à coup, des gens que je ne connais pas, qui ne sont pas thérapeutes, peuvent voir ce qui pour moi est impossible à montrer. C’est comme un espoir que l’inhumain puisse devenir humain, être vu, reconnu. Parce que pour moi, ce traumatisme reste confiné dans une zone d’inhumanité, comme s’il m’avait exilé de la « normalité » humaine.

exposition de l' art-thérapeite Cécile Orsoni Paris
Exposition d’art-thérapie à Paris en 2016, peintures de F

Mais justement, j’ai senti que cette expérience d’exposition m’avait ouvert une porte. Peut-être que oui, aujourd’hui, et encore davantage demain, je pourrai dire et montrer, ce qui, hier, était absolument impossible.

Et dire et montrer cette vérité, c’est pouvoir retrouver ma beauté intérieure, ma féminité et mon être… Tel est mon plus grand souhait.

Je vous remercie beaucoup de m’avoir accompagnée dans ce voyage et de m’avoir permis de montrer ce qui m’empêche de vivre dans la joie et la légèreté. Je me suis vraiment sentie bien guidée au fur et à mesure des séances. Une étape importante a été réalisée à l’intérieur de moi-même, je le sais. Le chemin continue…« 

F (le 16.12.15)

Séances d’art-thérapie avec Cécile Orsoni

Devenir art-thérapeute

Depuis quelques années je propose des séances d’art thérapie et de supervision individuelle pour les art-thérapeutes débutants et en formation. Pour tout renseignement vous pouvez me joindre au 06 78 73 94 48. Vous  trouverez ici quelques conseils pour devenir art-thérapeute.

1-Expérimentez l’art-thérapie sur vous-même.

Vous ne pourrez pas aider quelqu’un par l’ art-thérapie si vous ne l’ avez pas pratiqué sur vous-même par ce qu’il vous faut intégrer de manière pratique la démarche thérapeutique de l’ art-thérapie. Pour être psychanalyste il faut avoir fait une longue analyse personnelle par ce que cet enseignement ne se fait pas dans les livres par la théorie; pour être art-thérapeute c’est aussi avant tout un enseignement pratique et existentiel qui peu à peu fait partie intégrante de votre façon de penser et d’être en relation avec l’autre dans le cadre de la thérapie.

En faisant une thérapie par l’art vous apprenez de manière existentielle ce que produit le processus thérapeutique de la création en vous et donc vous serez plus tard à même de le transmettre à un patient. Vous pourrez comprendre ce que produit en l’autre l’acte de création et vous pourrez alors proposer au patient des exercices adaptés à sa problématique.

Sans ce travail thérapeutique sur vous-même vous risquez d’aggraver le problème du patient en lui proposant un exercice inadapté Au mieux votre séance n’aura pas d’effet thérapeutique sur le patient et se réduira à une animation. Par exemple il n’est pas recommandé d’obliger une personne autiste à toucher de la terre ou de la peinture. C’est pourquoi il est aussi nécessaire d’avoir des connaissances en psychopathologie.

Pour devenir art-thérapeute il s’agit donc d’intégrer en soi le processus de thérapie par la création. Qui dit « processus » dit travail de thérapie sur le long terme. Faire une séance d’art-thérapie ne suffit pas, ni même un stage.

2- « Connais -toi toi-même »

Pourquoi voulez- vous devenir art-thérapeute ?

La psychothérapie par l’art que vous allez entamer vous permettra de comprendre pourquoi vous voulez être art-thérapeute. Vous apprendrez à savoir d’où vient ce désir.

On ne devient pas thérapeute par hasard : que voulez-vous soigner en vous en devenant art-thérapeute ? Quelle personne dans votre enfance avez-vous essayé d’aider ? Pourquoi est-ce la médiation artistique qui vous intéresse précisément?

En répondant à ces questions vous pourrez ainsi connaitre votre contre-transfert par rapport à vos patients c’est-à-dire répondre à la question : qu’est-ce que je projette de mon vécu sur cette personne ? Par exemple : pourquoi me met–elle en colère ? Est-ce cette personne qui me met en colère ou est -ce un autre que je vois à travers elle ? Vous éviterez alors de confondre votre problématique avec celle de l’autre et c’est à cette condition que vous serez vraiment à même de l’aider.

séance d'art-thérapie adulte Versailles

3-Maitriser une pratique artistique

Pour pouvoir proposer au patient un exercice qui l’aide vous devez pouvoir imaginer ce que produira sur lui tel médium : terre ou peinture ? Ou tel exercice de danse : danse au sol ou debout ? Par exemple : faire dessiner quelqu’un ne produit pas du tout le même effet thérapeutique que lui faire faire du modelage. Et pour le modelage cela ne produit pas le même effet de modeler avec ou sans outils. Ce n’est qu’en ayant pratiqué et en pratiquant vous-même de manière poussée une activité artistique que vous pourrez  anticiper ce qui pourrait aider la personne.

Sans cette maitrise artistique vous proposerez toujours le même exercice et vous passerez à côté de la singularité de la personne . On ne peut pas être art-thérapeute en appliquant toujours la même méthode et le même exercice. En effet dans la thérapie il faut sans cesse s’adapter à la personne car c’est d’ abord elle qui guide sa propre thérapie. C’est ce que le patient apporte qui va vous permettre d’imaginer pour lui ce qui pourrait lui convenir. L’art-thérapeute doit toujours être créatif et à l’ écoute, il n’ a qu’un temps d’avance sur son patient.

Le profil idéal de l’art-thérapeute est d’être à la fois artiste et psychologue , psychanalyste ou psychothérapeute. En tous les cas il faut avoir expérimenté sur soi l’art-thérapie de manière poussée et personnelle et avoir une pratique poussée dans une discipline artistique  : danse, théâtre, musique , arts plastiques. On ne s’improvise pas art-thérapeute par ce que faire une psychothérapie prend du temps comme maitriser une pratique artistique prends du temps.

Vous trouverez ici un lien sur mon site vers un stage de formation à l’ art-thérapie

l’ art-thérapie est elle une psychothérapie « sérieuse »?

Derrière cette l’idée que l’ art-thérapie n’est pas une psychothérapie « sérieuse »se cache la conviction que la création artistique est un jeu sans importance .

C’est pourquoi dans cette optique on pense souvent que l’ art-thérapie est exclusivement destinée aux enfants, aux personnes âgées ou handicapées. Se cache également une conception dévalorisante de l’activité manuelle et « sensible » vue comme dégradante . Un adulte qui se respecte ne met pas les mains dans la peinture. Au contraire il fait fonctionner ce qui le constitue à ses yeux comme « adulte » c’est-à-dire ses capacités intellectuelles, rationnelles dans le ciel élevé des idées.

Les choses sérieuses ne relèveraient  que de notre haute capacité de raisonnement abstrait tandis que les choses «  futiles » relèveraient plutôt de l’ordre de la sensibilité, de l’émotion, de l’artistique. Le raisonnement c’est le calcul donc symboliquement la maitrise du monde et de soi propre à l’adulte alors que l’affectivité symboliserait au contraire la perte de contrôle donc elle renverrait à l’enfant.

Séance individuelle d'art-thérapie Versailles, Paris 78
Séance individuelle d’art-thérapie avec Cécile Orsoni art-thérapeute. Retrouver l’enfant.

Dans ce contexte on ne peut que considérer l’art-thérapie comme un amusement ou une technique de bien- être mais certainement pas comme une psychothérapie digne de ce nom c’est à dire « sérieuse » ou « adulte ». On pense alors qu’il ne s’agit pas d’un vrai travail sur soi.

Mais assimiler l’art-thérapie à une méthode de bien-être c’est d’abord nier sa dimension de thérapie

On ne prend pas alors en compte l’engagement du patient sur le long terme et ses efforts parfois douloureux dans le but d’un changement en profondeur. C’est nier les moments douloureux ayant nécessairement lieu dans la thérapie par ce qu’il s’agit de se remettre en question et d’exprimer une souffrance. C’est nier enfin la part active du patient dans l’acte de création qui a lieu dans une séance d’art-thérapie mais pas dans une séance de massage. Une séance de massage a lieu ponctuellement et ne nécessite pas d’engagement dans la durée. De plus vous êtes passif alors que lors d’une séance d’art-thérapie vous devez vous mettre en action pour créer et pour réfléchir pendant la séance et entre les séances. Il s’agit d’un processus qui demande un grand investissement personnel.

Maintenant peut on considérer l’ art-thérapie comme un jeu inconséquent ?

Il est vrai que la création est un jeu, mais ce jeu est tout sauf futile. Le psychanalyste Winnicott dans Jeu et Réalité nous a montré que le jeu est une activité hautement sérieuse par ce que fondamentale dans la construction psychique de l’enfant et plus tard de l’adulte qu’il sera. Lors d’une séance d’art- thérapie l’adulte en souffrance va pouvoir retrouver dans l’acte de création un rapport au monde de plaisir qui est celui de l’enfant. Il va à nouveau constater qu’il est capable d’être en harmonie avec le monde extérieur par ce qu’il est capable de façonner la peinture ou la terre selon sa volonté avec l’aide de l’art-thérapeute . Le rôle de l’art-thérapeute est de construire le cadre dans lequel cet acte de création va pouvoir se faire : cadre spatio-temporel et cadre relationnel .l’ art-thérapeute fonctionne comme une « mère suffisamment bonne » c’est à dire qu’il ne devance pas le désir du patient mais l’aide à réaliser son désir et à en prendre conscience. Certains adultes ont besoin de revivre cette période d’énergie créatrice voire de la vivre tout court car ils ont cessés d’être enfants bien trop tôt.

L’art-thérapie permet une expression de soi sensible et personnelle

Dans cet acte de création vous allez aussi pouvoir vous exprimer de manière très personnelle par ce que vous utilisez votre sensibilité : pour la peinture il s’agit plus particulièrement du toucher, de la vue mais en réalité c’est tout le corps qui se met en mouvement . Or l’expression par la sensibilité est plus personnelle que l’expression verbale par ce que plus singulière . En effet les mots sont plus « communs » c’est-à-dire plus abstraits que le l’expression par le chant ou le dessin. Par la création artistique vous affirmez ce que vous êtes ensuite vous pouvez  en prendre conscience avec la psychanalyse : vous vous appropriez votre vécu par l’interprétation verbale et l’association libre. On sait à quel point il est important de pouvoir s’exprimer de manière personnelle car c’est l’affirmation de votre singularité et de votre liberté qui est en jeu. Empêcher un homme de s’exprimer c’est le priver de liberté et vouloir le tuer psychiquement. Les dictateurs le savent bien qui exterminent les artistes et font brûler les œuvres d’art ; pensons par exemple aux autodafés du régime nazi .

Ainsi loin d’être un jeu inutile et futile la création artistique est tellement sérieuse qu’elle représente un danger pour ceux qui veulent assoir leur pouvoir en imposant une pensée unique. L’art-thérapie permet justement l’expression personnelle de soi même en remobilisant peu à peu et à votre rythme votre sensibilité, vos émotions et l’énergie créatrice de l’enfant qui est en vous.

           Car le traumatisme engendre souvent une coupure entre un soi rationnel et un soi sensible. C’est une manière de se défendre parfois nécessaire pour ne pas s’effondrer: « non ce n’est pas moi qui sent, qui souffre ». Mais être coupé de sa sensibilité c’est se couper des autres et du monde et ceci constitue aussi une  souffrance : on se sent seul, on ne sait plus qui on est et ce qu’on désire réellement.

séances d’art-thérapie en images

L’important est de s’envoler !

Séances d'art-thérapie par la peinture, le modelage à Versailles et Paris

Que 2019 soit pour vous une très belle aventure!

Ce grand ciel bleu lui fait vraiment envie mais l’oiseau hésite : voler mais vers quoi? Peu importe l’important est de s’envoler !

Deux nouvelles pages sur mon site:

Pourquoi choisir l’ art-thérapie? J’ai essayé d’expliquer la spécificité de l’ art-thérapie par rapport à d’autres thérapies comme par exemple les psychothérapies verbales.

Stages d’art-thérapie en petit groupe.
J’explique ma démarche d’art-thérapeute avec des séances réunissant de petits groupes d’adultes.

L’ art-thérapie est une thérapie psycho-corporelle

séance d'art-thérapie et psychanalyse, hypnose Versailles, Paris
Séance d’hypnose et art-thérapie, régression foetale. Cabinet Cécile Orsoni 2018

Je voudrais ici rendre hommage au psychanalyste Wilhelm Reich :

« Toute impulsion psychique est fonctionnellement identique à une excitation somatique définie. ..L’excitation psychique est identique à l’excitation somatique.» in La Fonction de l’ Orgasme, Arche, p 272

L’art-thérapie est une thérapie psycho-corporelle

Lors des séances d’art-thérapie et psychanalyse que je propose,  je constate que la création artistique en faisant appel aux sens  est une thérapie psycho-corporelle. Le dispositif que je propose prends en compte les mouvements du corps ( position dans l’espace, attitude corporelle, gestes ..) et induit un maximum de contact sensoriel par exemple peindre au sol les mains dans la peinture. L’idée est de sortir le corps de ses habitudes  pour remettre en circulation une énergie bloquée qui se fige dans le corps et le psychisme.

Le dispositif corporel varie en fonction de la problématique du patient.

L’énergie qui circule à nouveau fait remonter des souvenirs, des émotions, des images, des affects. L’art-thérapie réveille une mémoire somato-psychique. . Il n’est pas rare que des douleurs par exemple un mal de ventre se réveille.. ou disparaisse.

L’hypnose assouplit les défenses psycho-somatiques

A ce stade de la séance j’ aimerais pouvoir proposer d’intervenir directement sur le corps et ses symptômes . C’est ce que Wilhelm Reich proposait à ses patients : traiter le corps en même temps que l’ esprit. Il pouvait proposer des exercices de respiration , relaxation, massages .

Dans cette approche corporelle je propose parfois à la personne de faire un exercice  de relaxation profonde par la respiration et  l’hypnose. Cette relaxation assouplit les défenses psychiques en même temps que physiques c’est à dire les tensions dans le corps et permet une prise de conscience de sensations qui fonctionnent comme une mémoire. La personne peut alors voyager plus facilement dans son inconscient et son ressenti en partant de ses sensations corporelles. Elle prend alors conscience de l’inconscient somatique. Ce travail peut intervenir à tout moment de la séance en fonction des besoins de la personne.

Peindre, modeler, dessiner

La création, par exemple la peinture produite, est une mise en image symbolique de cette expérience. L’ oeuvre produite: peinture, modelage , dessin permet de fixer et d’objectiver l’expérience émotionnelle et corporelle . Elle représente une mémoire du corps et appelle à la création d’autres images.

l’expression par l’image est plus spontanée que l’ expression verbale: « ça sort » directement.

Interpréter, associer avec la psychanalyse

Avec la psychanalyse on peut ensuite mettre des mots : il s’agit de verbaliser. Quand le temps de création ou d’hypnose est terminé je demande à la personne de mettre des mots sur ce qu’elle ressent au niveau corporel et émotionnel, la psychanalyse intervient ici. Il s’agit de mettre en relation le vécu présent avec le passé par exemple des souvenirs de situations vécues dans l’enfance; voire des souvenirs de vie foetale comme sur la photo.

La psychanalyse permet de ré-intégrer le vécu émotionnel au niveau conscient et ainsi de clore l’expérience vécue pendant la séance: avec ses mots le patient se « recadre » et peut repartir ré-unifié et rassuré.