la domination sexuelle des femmes: encore aujourd’hui

J’ai écrit cet article pour l’association Osez le Féminisme ou nous menons une réflexion sur la sexualité aujourd’hui dans le but d’aider les femmes à sortir de la domination sexuelle masculine. Depuis les années 70 , cette domination à cédé un peu de terrain sur le plan social mais peu sur le plan sexuel ou la femme reste souvent esclave des pratiques sexuelles masculines notamment dans la dévalorisation de ce qu’on appelle « les préliminaires ».

Et malheureusement quand elle réussit à s’émanciper c’est souvent pour copier la sexualité masculine en adoptant une sexualité phallique. Là encore elle n’affirme rien de la spécificité du désir et du plaisir féminin.

L’enjeu de cette libération sexuelle qui n’a pas encore eu suffisamment lieu est énorme car si la femme affirme la spécificité de sa sexualité , elle cesse d’être l’objet de la jouissance masculine pour devenir sujet de sa sexualité. Elle cesse d’être objet à tous points de vue: sexuel, affectif, social, professionnel car elle ne veut plus « faire comme » lui impose l’homme mais juste différemment.

séance d'art-thérapie et de psychanalyse Versailles 78 Cécile Orsoni
Séance d’art-thérapie: autoportrait de femme

Dévalorisation des préliminaires et survalorisation du coït

Les préliminaires désignent couramment les pratiques sexuelles qui précèdent l’acte sexuel proprement dit : la pénétration. Comme si la sexualité se réduisait à la pénétration . Quelles pratiques exactement ?

Il s’agit de baisers, de caresses sur tout le corps,  y compris sur le sexe, de cunnilingus, de fellation, du contact peau contre peau, du fait de se serrer l’un contre l’autre. Ce sont des gestes ou la tendresse rentre souvent en ligne de compte avec les sons, les odeurs, les mots échangés. Dans les préliminaires c’est toute notre sensualité qui est en jeu.

Le mot de « préliminaires » indique ce qui arrive avant, ce qui prépare à l’acte sexuel mais ne fait pas vraiment partie de l’acte sexuel. Ces pratiques sont donc considérées comme moins importantes que la pénétration qui serait la finalité même de l’acte sexuel, son apogée. Elles sont considérées comme un préalable dont on peut se passer.

Le coït  serait plus important que les préliminaires parce qu’il serait censé procurer le maximum de jouissance à l’homme comme à la femme.

D’où vient cette idée que c’est dans le coït que l’homme et la femme jouissent le plus ?

Sans doute de l’idée très ancienne que le plaisir sexuel a pour but la reproduction. Car c’est par la pénétration du pénis dans le vagin que peut avoir lieu la fécondation c’est-à-dire la fusion de l’ovule et du spermatozoïde et donc la conception d’un enfant . Ainsi pour Freud et pour bon nombre de religions aujourd’hui la finalité du plaisir sexuel c’est la reproduction. Comme si la nature avait créé le plaisir sexuel dans le seul but de la reproduction. Le plaisir sexuel n’est admis que dans le cadre de la reproduction.

Les préliminaires sont donc dévalorisés dans notre société car ils sont censés apporter moins de plaisir aux deux sexes que le coït. Pour cette raison, les préliminaires sont souvent très rapides entre hommes et femmes parce qu’il faudrait vite passer « aux choses sérieuses ».

Le peu de temps accordé aux préliminaires satisfait t-il les deux sexes ? La réponse est non. Les femmes se plaignent très souvent du peu d’attention tendre et érotique de leurs partenaires masculins, celui-ci voulant très vite passer à la pénétration et semblant s’ennuyer dans les caresses et les baisers. Les femmes se plaignent de ne pas être assez excitées pour la pénétration et prennent alors peu de plaisir dans le coït . Pourquoi ?

Parce que le plaisir sexuel féminin est très différent du plaisir sexuel masculin.

Les femmes pour jouir ont besoin de douceur, de caresses sur tout le corps, de contact peau à peau, de gestes doux et lents car elles jouissent surtout par le toucher.  Pour elles la pénétration par le pénis est un plaisir de toucher parmi d’autres, une pénétration parmis d’autres. Pour jouir une femme n’a pas forcément besoin de coït, contrairement à l’homme qui a besoin de la pénétration pour jouir c’est-à-dire pour éjaculer. Si l’homme peut apprécier les préliminaires il devient vite obsédé par l’idée du coït qui permettra  ce mouvement de bas en haut sous la pression du vagin et ensuite de l’éjaculation.

Ainsi lorsqu’on dit que le maximum de plaisir est atteint par la pénétration pour l’homme comme pour la femme on parle essentiellement du plaisir masculin et on fait comme si le plaisir féminin été identique ! On impose aux femmes un mode de jouissance masculine qui permet aux hommes de maintenir leur domination sexuelle en niant la spécificité du plaisir féminin.

Il est donc faux de dire que les préliminaires sont moins valables pour le plaisir que le coït. Cette assertion ne concerne que les hommes qui veulent faire croire aux femmes que le coït est aussi pour elle la meilleure façon d’avoir un orgasme. Ils peuvent ainsi continuer à jouir tel qu’ils le souhaitent, en toute bonne conscience, mais pas les femmes.

Pour une femme croire que seul compte la pénétration, c’est renoncer à son plaisir spécifiquement féminin en essayant de jouir comme un homme. Mais ça ne marche pas !

La femme-objet

Sauf dans le cas d’une sexualité perverse ou la domination masculine a été intériorisée sous la forme du masochisme : il s’agira alors pour la femme de jouir en tant qu’objet passif soumis à toutes sortes de pénétrations avec violences. C’est la sexualité des films pornographiques ou il s’agit d’une sexualité sans préliminaires c’est à dire d’une sexualité sur le modèle d’une jouissance uniquement phallique.

Essayer de jouir comme un homme mène souvent la femme à la frigidité. Ainsi beaucoup de femmes disent avoir peu désir et peu de plaisir. La frigidité des femmes vient du fait qu’elles ne connaissent pas les spécificités de leur sensualité par ce qu’elles se laissent imposer des fantasmes, des gestes, des pratiques propres à la libido masculine.

Les hommes ignorent aussi ce qui fait plaisir aux femmes, croyant comme elles que c’est forcément par le coït qu’elles atteindront l’orgasme. Cette survalorisation du coït permet aux hommes de continuer à pratiquer leur sexualité sans tenir compte du plaisir féminin autre , tout en assurant en même temps le culte du phallus et le culte du sperme dans la reproduction. Car c’est le phallus qui a le primat de l’activité dans le coït, la femme étant priée de se laisser « prendre ». En effet le vagin est essentiellement vu dans le coït comme une gaine passive dans laquelle s’affaire le pénis . Par la survalorisation du coît  l’homme se rassure donc sur sa virilité, la pénétration par le pénis étant croit-il le seul moyen pour la femme d’obtenir la jouissance. La virilité est ici la capacité à donner du plaisir en même temps que la capacité de procréer. Le sexe de la femme est vu comme un réceptacle passif au sexe de l’homme seul  réellement actif dans le fait de « donner du plaisir » et de « faire des enfants ».

Si le coït est survalorisé, les « préliminaires » sont donc dévalorisés. Si la jouissance masculine est valorisée, la jouissance féminine est dévalorisée depuis des siècles ; d’où le terme de « préliminaires » désignant ce qui dans la pratique sexuelle est anecdotique et négligeable. Mais anecdotique pour qui ? Certainement pas pour les femmes. Car les baisers, le peau à peau, les caresses y compris sexuelles, sont au contraire les pratiques les plus importantes du plaisir féminin qui souvent ne dissocie pas tendresse et sexualité. Tous ces gestes tendres et érotiques font au contraire partie intégrante de la sexualité humaine , la pénétration n’étant qu’un geste parmis d’autres.

la pornographie

Mais les hommes ont souvent tendance à dissocier tendresse et sexualité pour affirmer un pouvoir viril, y compris entre hommes. Il s’agit de « posséder » le corps de l’autre par la pénétration sexuelle et visuelle. Ainsi les films pornographiques montrent-ils toujours des pénétrations en gros plan. Ils sont faits pour la jouissance masculine et non pour la jouissance féminine. Dans les scénarios des films pornographiques, il n’y a pas de préliminaires ou très peu. On passe très vite à la pénétration. Les femmes sont alors censées jouir tout de suite des qu’elle sont introduites par l’organe masculin entrant par tous les trous. Elles passent de mains en mains comme des objets. Ce statut d’objet passif, objet d’échange entre hommes est quelque chose qu’on retrouve aujourd’hui sur les sites pornographiques en accès libre sur Internet. Ces films sont visionnés par de nombreux adolescents et adolescentes qui prennent cela comme le modèle de la sexualité adulte. Que voit- on ? Des femmes manipulées, tournées, pénétrées dans tous les sens par des hommes et avec brutalité.

Il est étonnant de voir les rubriques de ces sites pornographiques. Par exemple : « petite salope se fait baiser par trois mecs ». Ces titres sont toujours sur le mode passif, autrement dit c’est toujours la femme qui est l’objet de jouissance de l’homme. Le sujet est toujours masculin  et l’objet est toujours féminin.

Lorsqu’on va dans la rubrique partie trois, ou à plusieurs, effectivement on a toujours deux hommes qui manipulent une femme ; jamais l’inverse. La femme « se fait baiser par l’homme » ou par « les hommes » et jamais l’inverse. D’autre part les scènes sexuelles se font toujours avec violence. On assiste donc au rapport sexuel sur le modèle du viol.

Les sites pornographiques correspondent en fait aux fantasmes masculins de domination sexuelle très valorisants pour le pénis. Mais en réalité les femmes jouissent plus par un toucher sur tout le corps que par un plaisir d’organe précis. Et lorsqu’elles ont du plaisir, elles ferment les yeux ;  pas besoin de films ni d’images.

Sans doute s’agit- il aussi d’un phénomène culturel, l’homme se devant toujours de dominer et de ne pas se laisser attendrir. La femme devant se laisser soumettre et émouvoir. Et  sans doute les hommes gagneraient-ils à redécouvrir cette partie de leur sensualité complètement refoulée ; celle des caresses, des baisers, de la tendresse, de la lenteur. Mais lorsqu’il se laissent aller à cette sensualité ils ont l’impression d’être une femme , quelle angoisse !

la femme doit devenir sujet sexuel

Les femmes ne doivent donc plus accepter ce terme de « préliminaires » qui nie la spécificité de leur jouissance pour mieux les asservir. Elles doivent inventer un autre mot pour ces pratiques.. Car la lenteur, la douceur, les baisers, les caresses sur tout le corps sont au contraire pour leur jouissance ce qu’il y a de plus important. Elles doivent revendiquer leur droit au plaisir et imposer aux hommes ce temps sensuel et érotique nécessaire à leur jouissance, c’est-à-dire devenir un sujet sexuel .Elles doivent refuser de croire à leur frigidité qui permet aux hommes de les traiter si facilement en objet puisque de toute façon «  elles ne ressentent rien » .

Dans Ce Sexe qui n’ en Est pas Un, la psychanalyste , philosophe et linguiste Luce Irigaray a été une des premières à dénoncer la violence sexuelle banale des hommes envers les femmes. Cette violence étant inscrite dans la sexualité  « de tous les jours » ou la femme abdique son droit au plaisir en renonçant à la spécificité de sa jouissance .

C’est dans la scène pornographique que se montre au grand jour la femme comme objet sexuel : « Femmes, ne faite plus un effort. On vous a appris que vous étiez propriété privée ou publique : d’un homme ou de tous. D’une famille, d’une tribu, d’un état, éventuellement républicain. Que tel était votre plaisir. Et que sans soumission aux désirs- d’un homme ou de tous- vous ne connaissiez pas de jouissance. Que celle-ci était pour vous , toujours liée à la douleur- mais que telle était votre nature. Lui désobéir revenant à faire votre malheur.

Mais votre nature était curieusement toujours définie par les seuls hommes, vos éternels pédagogues : en sciences sociales, religieuses ou sexuelles. » Ce sexe qui ’en est pas un, éditions de Minuit, 1977, p201.

Etre là: stage d’art-thérapie en Corse du 19 au 23 aôut 2020

Stage d’art thérapie en petit groupe dans la Castagniccia du 19 au 23 aout 2020: land art, dessin, écriture.  

Ce stage de 5 jours s’adresse à toute personne en recherche d’un mieux être et d’une meilleure connaissance de soi. A l’heure des ordinateurs nous perdons notre présence au monde et aux autres pour être toujours dans un ailleurs: un temps et un espace virtuel sans corps, sans émotions.

Il s’agira ici de créer via le land art qui met tout le corps en mouvement sur un site ou la nature nous fait signe de manière puissante. Une partie  du travail se fera à l’extérieur et l’autre en atelier.

Stage d'art thérapie en Corse aout 2020: land art et dessin

Photo prise sur le lieu du stage à Croce dans la Castagniccia

L’art – thérapie est une psychothérapie par la création artistique. Mais il n’est pas nécessaire d’avoir des compétences artistiques. En effet le but recherché n’est pas l’acquisition de techniques mais l’expression de soi-même, le changement vers un mieux-être.

L’art thérapie permet de se trouver et de se reconstruire dans un temps de création, d’être aussi dans une dimension de plaisir et de lâcher prise ; un temps de jeu. Par la création nous transformons notre vécu parfois douloureux pour en faire quelque chose de positif ce qui conduit à l’expérience d’une revalorisation de soi. Le contact sensuel avec les matériaux naturels permet de se reconnecter au corps, aux émotions et aux images. L’acte de création dans la nature ( land-art) remet le corps et l’ esprit en mouvement .

Objectif 

Ce stage propose un travail d’introspection en petit groupe. Les participants seront invités à s’exprimer de manière individuelle à travers le land -art en extérieur, le dessin et l’ écriture  . Les émotions et les œuvres seront analysées en groupe.

Méthodologie

Il y aura une alternance de phases de création individuelle via le land art , le dessin, l’ écriture et d’analyse en groupe. Il s’agira de mieux se comprendre soi même en utilisant sa sensibilité et à sa créativité, chacun pouvant s’appuyer sur l’autre par l’analyse en commun des émotions ressenties et des créations .

L’approche psychanalytique des créations  permettra à chacun de remonter dans son passé pour mieux comprendre son présent ; chacun sera invité à associer à partir des créations, à exprimer et analyser ses émotions, à les interpréter. Dans une logique de recherche en commun, nous verrons comment le vécu de chacun raisonne avec celui de l’autre ; chacun permettant à l’autre de mieux se comprendre. En faisant part de ses associations par rapport à la création de l’autre chacun exprime son transfert et peut prendre conscience de ses propres projections

Déroulement

Chaque journée nous nous retrouvons à 10h , pause déjeuner ensemble de 13h à 14h30, reprise jusqu’à 17h. Prévoir un picnic à partager pour le déjeuner.

Jour 1 : Matin : ronde de présentation, qu’est ce que j’attends de ce stage ?  Jeu pour faire connaissance .Land art : création en pleine nature sauvage avec les materiaux naturels : pierre, branche, feuille, lumière, terre, eau etc…Prise de photo des œuvres.

Pm : analyse en commun des œuvres de land art. Travail d’écriture automatique et création d’un texte  sur un carnet de voyage individuel. On donne un titre à la journée.

Jour 2 : Matin :on se retrouve autour des photos et des croquis et chacun parle de son ressenti par rapport à la veille, de rêves éventuels et du regard qu’il porte aujourd’hui sur sa création.. Land art et prise de photo

 Pm : analyse en commun des oeuvres. Travail d’écriture automatique et création d’un texte  sur un carnet de voyage individuel. On donne un titre à la journée.

Jour 3 : idem.

Jour 4 : idem.

Jour 5 : Matin : création collective de land art symbolisant le chemin parcouru pendant ces 4 jours.

Pm : analyse en commun de la création fin pm : Pot de clôture du stage apéro dinatoire

photos du stage 2018

stage d' art thérapie aout 2020 land art et dessin en Corse
Site de la chapelle Saint Christophe

Renseignements pratiques

Inscriptions avant le 20 mars 2020  (à cause des gites qui sont très prisés ) auprès de Cécile Orsoni : 06 78 73 94 48.

Nombre de participants limité: 8 personnes maximum.

Dates : du 19 au 23 aout 17h. Rdv la veille le 18.

Lieu : village de Croce dans la Castagniccia. Ce village est un village ancien et typique de la Castagniccia, la région la plus verte de Corse à cause de ses chataîgners sous lesquels on peut faire la sieste à l’ombre. De magnifiques randonnées et promenades partent du village .La plage est à 30 mn de route du village ainsi que la magnifique cascade de Carchetto. La richesse et la beauté du paysage à proximité nous permettra de varier les lieux de land art.

Coût du stage 5 jours : 340 euros, matériel compris. les repas, logements et transports ne sont pas compris.

Logement : gites communaux de Croce, attention faire très vite pour réserver ! Je mettrais en contact les personnes intéressées pour louer ensemble

Je crois qu’il reste ces gites à louer : https://www.gites-corsica.com/location-de-vacances-en-Corse-a-Croce-Gite-20G61301.html

Sinon regarder sur Airbnb . Villages les plus proches: la Porta, Campana, Piédicroce

Transports : aéroport de Bastia, puis louer une voiture à l’ aéroport. De l’ aéroport passer par Folelli pour monter à la Porta puis à Croce.

Art-thérapie : pourquoi interpréter son oeuvre ?

En quoi cela  vous aide d’interpréter votre création lors d’une séance d’art thérapie ?

Je vous donnerais un exemple en vous proposant d’analyser la peinture ci dessous qui a été réalisée lors d’une séance individuelle d’art thérapie par F dont je vous ai communiqué le très beau texte.

séance d'art thérapie  pour adulte, Versailles, Paris

 Il ne s’agissait pas ici de la première séance, d’autres dessins avait été fait avant et d autres seront faits après. Cela signifie que cette peinture prend sens avec la psychothérapie psychanalytique et les peintures qui l’ont précédées ainsi que celles qui l’ont suivies : l’interprétation que je vais en donner se fait donc en fonction de tout le travail qui entoure cette peinture. Elle ne peut être isolée de ce contexte.

Cette peinture symbolise un moment particulier de la thérapie où j’avais proposé à F de faire des autoportraits d’elle à plusieurs âges : enfant, adolescente, femme d’âge mûr. ici elle se représente telle qu’elle est maintenant: une femme d’âge mur.

Interpréter par la technique de l’ association libre

En fin de séance arrive le moment d’interpréter la peinture réalisée, pour cela j’utilise la technique psychanalytique de l’ association libre : dire sans retenue ni jugement tout ce que lui inspire sa peinture même si cela parait absurde. Or avec F nous constatons que la tête semble d’une autre nature que le corps : le visage est blanc alors que le corps semble rempli de jaune, qui est aussi la couleur du fond. L’intérieur des yeux est également jaune comme si le fond jaune avait envahi l’âme et le corps car on sait bien que les yeux sont «  le miroir de l’âme ». Autre élément d’étrangeté de cette tête : elle semble comme un masque posé sur le cou. En effet les yeux sont vides comme ceux d’un masque et l’expression est figée.

En regardant d’autres peintures nous pouvons toujours faire la même remarque : les têtes semblent toujours séparées du corps, étrangères à lui.

Séance d'art-thérapie Versailles 78 Paris

Vrai self et faux self

Je demande  à  F si d’une manière générale elle à l’impression que sa tête est coupée de son corps, que son corps lui est étranger. Elle me répond que oui, qu’elle a souvent l’impression que son visage est un masque qui joue un rôle sans exprimer son vrai soi ; son « vrai self ». Je reprends ici un concept de Winnicott. En effet celui- ci a montré qu’une personne ayant subi de graves traumatismes peut développer un « faux self » c’est-à-dire une personnalité artificielle qu’elle se construit pour s’adapter aux autres du mieux qu’elle peut. Ce faux self est une défense protéger le vrai soi qui n’a pas pu s’exprimer et se développer et qui se cache. Les personnes  qui utilisent cette défense se sentent un autre qui joue la comédie sans rien ressentir.

F  ressent donc son corps comme appartenant au monde extérieur mais pas à elle : c’est comme cela qu’elle interprète la ligne blanche très fragile qui sépare le corps du fond jaune ; elle ne ressent pas nettement les frontières entre l’intérieur de son corps et l’ extérieur de son corps.

Une prise de conscience objectivée par l’image

Grâce à l’interprétation qu’elle fait de sa peinture , guidée par les questions que je lui pose, F a pu prendre conscience de l’ image qu’elle a d’elle-même et de son corps. En effet la peinture a matérialisé en image l’impression permanente qu’elle a d’être coupée de son corps, des émotions de son « vrai self ». il n’est pas sûr que F  soit arrivée à exprimer cette distance de soi à soi directement par la parole . En effet l’inconscient s’exprime plus spontanément en image exactement comme dans le rêve. C’est un point fort de l’ art-thérapie : nous avons tout de suite devant les yeux une image matérielle pleine de sens.

Le travail thérapeutique consiste ensuite pour F à interpréter verbalement ce que symbolise pour elle sa peinture, à comprendre ce qu’elle exprime ici de son état présent mais aussi de son histoire passée : a-t-elle toujours eu cette impression d’être coupée de son corps ? Y  a-t-il une cause très ancienne à la mise en place de ce mécanisme de défense ? Cette prise de conscience permet aussi à F d’entrevoir ce qu’elle souhaite dans le futur par exemple se réapproprier son corps, ses émotions, se sentir elle-même c’est à dire renouer avec son vrai self.

On peut aller beaucoup plus loin dans l’interprétation de ces peintures mais mon propos est juste ici de donner une piste de compréhension..