Contre la parole bâillonnée: l’art-thérapie
Dans Spéculum, de l’autre femme ; Luce Irigaray écrivait à propos des femmes qui subissent la violence en silence : « le bâillon de nos lèvres ». Parler n’est pas toujours possible. Alors grâce à l’art-thérapie on peut dire en peinture, en terre, en collage, en dessin, en danse, en chant, en musique. L’art-thérapie permet une expression spontanée non verbale pour ensuite trouver les mots.

Dans ce dessin lors d’une séance d’ art-thérapie; les yeux sont fermés, les oreilles et la bouches sont recouverts par un bâillon noir. Il y a une impossibilité de voir, d’entendre, de parler du traumatisme. Mais sans doute pour la première fois, cette femme montre l’interdit qu’à subi sa mère..
L’art-thérapie : une expression spontanée
Il est souvent plus spontané de s’exprimer par le dessin ou la peinture. Car l’inconscient parle plus directement avec les images. Nous le savons bien nous qui rêvons : l’inconscient crée spontanément des images qui parlent de nous. Sans le vouloir nous créons des images. Cette expression primitive et première par l’image c’est ce que nous réactivons en art-thérapie. Comme l’enfant, l’adulte va puiser en lui cette source créative de symboles non verbaux.
Contourner l’interdit de parler grâce à l’art-thérapie
Les personnes maltraitantes imposent aux victimes de se taire pour pouvoir continuer à maltraiter de manière cachée en toute impunité. Ils font des violences un secret qui lie bourreau et victime comme si la victime était partie prenante alors qu’elle ne fait que subir. Pour ce faire ils culpabilisent souvent la victime de manière à ce qu’elle ait honte d’elle-même et donc ne parle pas : « C’est toi qui l’ a voulu. »
La parole bâillonnée se montre en image
Dessiner, peindre, modeler permet de s’exprimer quand malgré la honte. Ce qui se montre souvent en premier lieu c’est l’image d’un bâillon.
Les dessins et peintures en art-thérapie représentent souvent l’interdit de parler mais aussi de voir et d’entendre. Des images récurrentes reviennent chez les personnes que j’accompagne comme celles du « bâillon » ou des yeux aveugles ou du visage vide. Dessiner le bâillon c’est déjà sortir du silence. C’est partager au thérapeute la violence subie, lui montrer, en prendre conscience et la mettre hors de soi.

Une autre femme montre ici l’interdit de parler d’un inceste dans un autoportrait saisissant : la bouche est comme cousue, les yeux sont vides, l’oeil gauche horrifié en forme de cible montre le vide et la terreur. Gràce aux séances, F a pu montrer en images ce qui lui est arrivé et nous avons pu en parler: Voici ce qu’elle a écrit: » Et dire et montrer cette vérité, c’est pouvoir retrouver ma beauté intérieure, ma féminité et mon être… Tel est mon plus grand souhait.«